°°°°°Rien d'aussi grandiose qu'un tableau du Louvre ne nous attendait dans les bâtiments fraîchement repeints de la Sucrière, mais l'expérience valait le coup d'oeil.
°°°°°Vous vous êtes forcément imaginés une fois dans votre vie au moins en train de marcher dans les nuages.
°°°°°Eh bien après avoir pu admirer les souvenirs d'enfance d'un lituanien devenu artiste sur une dizaine de vastes écrans plats dans la première salle de l'exposition et passé la tête dans un kaléidoscope géant dans la seconde, les nuages nous attendaient. Un peu moins poétiques peut être et plus angoissants car les nuées dans lesquelles je me suis imaginé marcher n'étaient qu'une salle emplie d'une brume verte si épaisse qu'elle nous faisait perdre toute notion d'espace.
°°°°°La biennale a pour thème " le temps qui passe " ou " l'écoulement du temps ", et quelques minutes dans ce monde uni-dimentionel suffisent pour comprendre que lorsqu'on ne peut pas voir le bout de ses doigts, l'univers devient non seulement plus angoissant, mais aussi que le temps est alors comme distordu. J'avais l'impression d'être resté dans cet endroit pendant un quart d'heure lorsque j'ai passé la porte de sortie et retrouvé le confort de la vision, alors qu'il n'en était rien.
°°°°°De même que celle d'une pièce emplie de deux mètres cinquante de ballons rose guimauve. Même si je n'y ai pas vu de rapport avec le temps.
°°°°°Une autre oeuvre, plus dérangeante: Une cage remplie de pigeons dans laquelle des mannequins d'enfants sont disposés dans des postures de la vie courante, poursuivant un ballon ou jouant à la marelle. La scène aurait pu être seulement marrante si les mannequins n'avaient été constitués de graines de céréales. Les volatiles, énormes d'avoir picoré tous ces corps, avaient perdu tout instinct combatif et se reposaient pour la plupart, la tête dans les plumes, roulés en boule sur une casquette d'enfant, ou dans le giron de genoux en tailleurs.
°°°°°L'imagination se charge de transformer ces poupées en cadavres et les pigeons en charognards, et nous voilà transposés devant une scène d'horreur. Les gens ne parlaient pas beaucoup dans cette salle, je n'y suis pas resté longtemps, les pigeons me faisaient de la peine tant ils étaient gros. En revanche, le rapport avec le temps était plutôt éloquent.